La culpabilité d'être une mère en 2003
Une réflexion reçue d'Aline...

Être maman aujourd'hui c'est être la super-women.
C'est d'être capable d'aller travailler et de revenir le soir faire le souper,
superviser les devoirs des enfants, prendre le temps de jouer avec eux,
les cajoler, leur lire une histoire le soir avant le coucher,
leur donner le bain à tous les soirs...

Être maman aujourd'hui, c'est d'être comme la voisine, c'est d'être
comme dans les films. Une maman pleine d'amour qui déborde,
qui fait des fêtes d'enfants paradisiaques avec une million d'amis
invités et les parents des amis autour du BBQ
et la tonne de cadeaux qui fait plier la table.

Être maman aujourd'hui, c'est s'assurer que le petit dernier a son
"game boy", la dernière console à la mode, les "toupies"
(oui aujourd'hui on ne joue plus aux billes, on joue à la toupie...
bay blade !!!!), son paget, son argent de poche...

Eh bien, je ne suis pas une maman alors... mais pas du tout !
et parfois j'en pleure. Oui, comme bien du monde,
je me compare aux stéréotypes courants, aux valeurs
(si on peut appeler cela des valeurs) courantes
et je ne rentre pas dans le moule du tout.

Non, mes enfants n'ont pas la dernière console à la mode.
On en est encore au nintendo 64... ce qui est quand même pas si pire.
Ils ont accès à l'ordinateur et à l'Internet pour les aider dans leurs devoirs
mais le temps est limité. Même l'utilisation du nintendo est limité.
Est-ce que mes enfants en sont brimés ? Je ne sais pas...

Non, mes enfants n'ont pas de super fêtes d'enfants.
Quand ils ont le droit d'inviter un ou deux amis c'est beau.
Il est vrai que la maison est petite. Qu'on se pile un peu sur les pieds,
je vois mal une farandole d'enfants dans ce cas-là...
Mais j'ai jamais eu de fête comme ça moi non plus...
et j'en veux pas à mes parents non plus. Est-ce que mes enfants en sont
brimés ?... Je ne sais pas... J'aimerais tellement qu'ils s'amusent...

Je suis une super-woman.. Je travaille et on doit se lever tout le monde
à 6 heures du matin pour être à l'heure soit à la garderie de l'école,
soit pour la garderie de la petite et pour mon autobus de 7 heures
du matin. Je reviens le soir, je dois aller chercher la petite 3 soirs sur 5
(j'ai quand même un mari qui m'aide) et je fais le souper aussi 3 soirs sur 5.
Je me paye du resto 1 soir semaine car je suis trop fatiguée pour faire le souper
en plus du lavage et de la vaisselle. Je ne donne pas les bains,
ils sont assez grands, je ne leur lis pas d'histoire et je ne les cajole pas
non plus avant le dodo. À l'occasion, gratuitement, je vais en bercer un,
en prendre un dans mes bras... comme ça,
mais JE NE SUIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE TOUS LES SOIRS.
Pourquoi ?
Je ne sais pas...

Je ne suis pas une maman.. Je suis une femme; j'ai besoin de ma bulle
pour vivre. Si je regarde les familles autour de moi,
du moins en apparence, je me sens coupable. Coupable de ne pas leur
donner les derniers gadgets à la mode, soit par manque de moyen
financier soit que je crois que la dernière console de jeu ne les rendra pas
plus heureux, bien au contraire. Coupable de ne pas leur lire des histoires,
de les prendre souvent dans mes bras, de leur dire si peu souvent que
je les aime. Coupable d'avoir besoin de tant d'air à respirer pour moi...
Je ne dis pas que je fais rien pour eux ! Chacun leur tour,
je fais une activité seule avec eux, des choses qui m'intéressent
et qui les intéressent aussi. Ma fille vient à mes clubs de broderies
et je l'initie à ce passe temps. Elle fait donc comme maman
et elle aime ça. Mon fils adore lire et la bibliothèque du quartier
est assez limité. On a donc fait une sortie à la bibliothèque centrale
de Montréal. C'était sa décision... Oui oui !
ET pour ne pas oublier la petite, je l'ai amené jouer dans un parc intérieur,
juste elle et moi. Mais je ne vais pas m'asseoir et jouer au parc avec eux...
comme bien d'autre parents le font ou comme on voudrait
nous le faire croire dans les films que le vois...

Dans tout cela, je me sentais mal. Je me disais une mauvaise mère
et j'en ai pleuré une couple d'heures ! Mais j'ai réfléchi. On ne peut donner
que ce que l'on a. Mais on peut faire des efforts. Quand je demande
à mes enfants de faire des efforts à l'école, je ne leur demande pas d'avoir
des notes parfaites. Je regarde leur bulletin et je lui dit: regarde,
ici tu as un point faible. Il faut que tu le travailles, j'aimerais que tu fasses un effort
pour l'améliorer et aller chercher un point de plus.
Pas 100%... juste un point de plus.

Eh bien, je crois que c'est comme ça qu'il faut regarder notre rôle de mère. 
C'est certain que la voisine est peut être plus maternelle que moi... 
C'est même plus que probable même ! Mais si je cesse de regarder autour 
de moi, d'essayer de coller aux valeurs de notre vie moderne 
et un peu trop superficielle (à mon sens), je me dis que mes enfants 
ne manquent de rien, je les aime et ils le savent même si je ne leur dis 
pas souvent. Alors il faut que je fasse un effort et que j'essaie de gagner 
un point... leur dire une fois de plus par semaine que je les aime. 
Leur faire une grosse caresse un peu plus souvent.
Gagner un point à la fois. 
Me respecter dans ma démarche. Arrêter d'être parfaite et de démoraliser 
parce que je ne le suis pas et que je ne le serai jamais mais accepter 
ce que je suis et travailler un peu plus fort pour GAGNER UN POINT 
jusqu'à la prochaine évaluation :-)

Quand je sors avec mes enfants, dans un restaurant ou dans le métro
ou dans n'importe quelle place publique, je me fais dire que mes enfants
sont bien élevés, même s'ils sont bien vivants, qu'ils sont bien élevés.
Je ne dois pas être si pire que cela alors ! non ? C'est vrai, 
ils n'envoient pas "chier" les autres, ils trouvent que ceux qui font
des graffitis ne respectent pas les gens, ils attendent leur tour
quand il faut faire la file...
Oui je suis fière de mes enfants.

Être mère pour moi maintenant, c'est de faire du mieux que je peux
en essayant de faire un peu plus pour monter la prochaine marche
en inculquant à mes enfants les vrais valeurs comme le respect,
la politesse... Être mère pour moi maintenant,
c'est de fournir un tuteur à de futurs adultes.

Être mère pour moi maintenant, c'est de leur donner l'amour que je peux
et d'essayer de gagner un point de plus dans mon bulletin de la vie...

La perfection n'existe pas...


Aline



                                                                ©Aline Gosselin, avril 2003

Merci beaucoup Aline !

 




Page créée par Mirage le 4 avril 2003