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La
nuit des loups-garou
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Sois
sans crainte, je ne vais pas te raconter un film d'horreur
mais
plutôt un épisode qui fut très marquant dans ma vie.
Je
tiens cependant à te préciser que moi là-dedans,
je
suis le petit chaperon rouge et que les loups-garou eux,
tu
vas bientôt les découvrir, ils peuvent être n'importe qui,
car
les apparences sont souvent trompeuses.
Comme
c'est arrivé dans les années 60 et que c'est chose du passé,
je
vais te le raconter au présent afin que tu me suives plus
facilement.
D'abord
un p'tit "Flash-back".
Tu
te souviens dans "On
m'a volé mon enfance",
je
te disais que j'avais commencé à travailler à temps plein
à l'âge de
13½ ans car mon père m'y obligeait ?
Donc
ça fait déjà quelques mois que je suis serveuse dans le même
restaurant situé au Cap de la Madeleine. Je suis même devenue
entraîneuse pour les nouvelles employées,
c'est
moi qui leur fait faire leur "training".
Comme
je prend de plus en plus d'expérience et de dextérité,
mon
patron décide que je suis devenue la plus apte
à
faire le chiffre de nuit, car dit t'il,
je
me débrouille très bien toute seule et je suis
parfaitement
capable de m'arranger avec tout.
Le
resto où je bosse est ouvert 24 heures par jour et c'est d'ailleurs
le
seul de la ville. Alors des clients il y en a, donc moi souvent
je
fais des chiffres très longs, et je me tape des 12 heures consécutives,
car ce n'est pas rare que je commence à 16 heures
pour
terminer seulement à 4 heures du matin.
Donc
quand je quitte mon poste, je suis littéralement
brûlée
comme on dit. Heureusement que je demeure seulement
à
3 coins de rues de là, car je fais le trajet à pied et justement,
mes
p'tits pieds ils sont bien fatigués eux aussi.
Même
que des fois je me demande comment je vais faire
pour
rentrer chez nous, c'est te dire comment
je
peux être rendue "au bout".
Une
certaine nuit, je suis en train de faire ma caisse et je me
prépare
à
fermer, quand tout à coup mon boss arrive.
Je
me demande bien ce qu'il vient faire ici à cette heure-là...
Il
est tout énervé et me dit comme ça ; "Tu
sais Mireille,
il
se passe une chose terrible, je l'ai entendu aux nouvelles
et
on en parle aussi dans le journal"
"Quoi
?"
je dis,
"Qu'est-ce
qui se passe au juste ?"
"Ben
je ne veux pas te faire trop peur avec ça,
mais
comme tu es mineure et que je te considère comme ma
fille,
je
ne voudrais surtout pas qu'il t'arrive quelque chose."
"Quelque
chose ?" je
dis !
"Oui,
imagine toi donc que depuis quelques jours,
ça
fait plusieurs filles qui se font attaquer en pleine rue
et
qui sont violées par un maniaque sexuel,
que
la police recherche mais qui coure toujours,
car
on ignore tout de lui pour le moment étant donné qu'aucune
des
victimes ne veut rien dire de peur des représailles."
"Donc
Mireille, comme tu t'en retournes chez toi et qu'il fait nuit,
bien
moi je ne prend pas de chance et dorénavant,
j'irai
te reconduire moi-même en voiture
car
je me sens responsable de toi."
Depuis
quelques semaines, mon boss vient donc me porter
jusqu'à
ma porte et tout va bien ! Cependant durant ce temps,
2
autres viols ont lieu malgré la vigilance des parents,
qui
pour la plupart ne laissent plus sortir leurs adolescentes
le
soir sans être accompagnées.
Un
certain samedi soir, ma pire soirée car la clientèle ne dérougit
pas,
j'ai
bien hâte de finir mon chiffre, car je suis complètement vidée.
Dehors,
il fait très froid car nous sommes en automne vers la fin octobre,
Même que ça a commencé à geler au sol.
A
l'intérieur du restaurant c'est devenu assez frisquet aussi,
surtout
à 4 heures du matin quand tous les poêles sont éteints.
Donc
je me prépare à la fermeture, car c'est la seule journée où le
resto
n'ouvre
pas 24 heures, à cause que demain c'est dimanche
et
tous les gens iront à la messe(dans ce temps-là)
alors
ça donne rien d'ouvrir avant 11 heures pour le dîner.
Je
regarde l'heure, 3.50 heures, 10 minutes qu'il me reste
et
mon patron n'est pas encore arrivé, ça m'inquiète un peu.
Au
même moment, il entre 2 policiers qui prennent place au comptoir.
Je
leur dit que c'est fermé, mais ils me demandent s'il me reste
encore
du café. Justement j'allais le jeter alors je leur en donne
chacun une
tasse. Je les trouve assez bizarres car ils n'arrêtent pas de regarder
partout alentour et il me semble qu'ils surveillent quelque
chose...
Bon
4.00 heure arrive, alors je demande à mes clients policiers
de
bien vouloir sortir car moi faut que je verrouille la porte...
Et
mon boss qui n'est toujours pas là, coudonc va falloir que je
m'en
aille seule. Je n'aurai qu'à courir et faire très attention !
Comme
je met la clé dans la porte après avoir enclenché le système
d'alarme, voilà tu pas que mon boss arrive, mais il est dans un
piteux état. Pauvre lui, il tousse comme un pâmé et il a le nez
au vif
à force de moucher. On voit tout de suite qu'il n'est pas
bien du tout.
Ce
qui ne l'empêche pas de me dire :
" Je vais chercher mon auto
en arrière et je te reconduis
"
Mais
aussitôt un des policier lui dit :
"Ben
voyons donc, M. Chose, puisque vous avez vraiment l'air de filer
mal, cassez-vous pas la tête pour la p'tite, nous autres on va
aller la porter car de toute façon, on a fini notre chiffre pis on
n'est plus sur la job."
Donc, mon patron me regarde en disant "Voilà
ta chance,
au
moins tu seras entre bonnes mains Mimi." Et
il repart !
Un
des policiers va chercher la voiture patrouille dans le
stationnement pendant que j'attend en compagnie de l'autre.
Le
policier conducteur ouvre alors la portière avant de droite et me
dit :
"Embarque !"... Moi je trouve ça un peu étrange car on m'a toujours dit qu'il y avait seulement en arrière qu'on pouvait embarquer dans un char de police. Alors je dis : "En avant ?" "Ben oui" qu'il répond,
alors
j'embarque. Mais tout de suite derrière moi, l'autre policier vient
s'asseoir lui aussi en avant à ma droite, et je me retrouve ainsi
coincée entre les 2 gars. Nous sommes très à l'étroit surtout
avec la radio police, les haut parleurs, le micro, tout l'attirail
enfin,
en
plus d'un long fusil et d'une paire de menottes.
Oh
lala, j'te dis que c'est vrai que j'essaie de me faire toute petite.
Mais
eux, ils se mettent à rire.
Là
je ne sais pas s'ils rient de moi ou quoi !
Donc,
on part tous les 3 en direction est, alors moi je dis :
"C'est
pas par là que je reste, c'est sur la rue B...
pis
cé dans l'autre direction !"
"Ha
ben cé pas grave"
(que me dit le 1ier flic)
"
C'est parce qu'on a un rapport urgent à aller chercher pour ramener
au
poste demain matin, mais ça sera pas long,
pis
après on va aller te mener chez vous."
Ouain
! moi plus ça va, plus j'ai un mauvais pressentiment.
Alors
je me risque à demander: "Ben
vous pouvez pas venir me porter chez nous avant, pis vous occuper de
vos affaires après ? "
Alors
là, ils recommencent encore à rire,
et
en même temps le 2ième flic passe son bras sous la banquette
pour
en ressortir 2 grosses bouteilles de bière Labatt50.
Il
les décapsule et en donne une à celui qui conduit, qui s'empresse
à
toute allure d'en prendre une bonne rasade...
"Crisse
qu'est bonne !"
qu'il dit. "Oui
pis ça fait du bien
en
tabarnac à part ça" qu'y
dit l'autre...
"T'en
veux-tu une gorgée fille?"
"Non
non !" que
je dis, "je
ne bois pas, merci"
Voilà
qu'ils se remettent tu pas encore à rire de nouveau.
On
a déjà parcouru quelques kilomètres déjà,
et
je m'aperçois que plus ça va, et plus je m'éloigne de chez moi...
Voilà
on est maintenant sorti du Cap de la Madeleine
et
on roule en direction de Ste-Marthe du Cap. Moi j'ai de plus en plus
peur, mais j'essaie de ne pas le laisser paraître et de garder mon
sang-froid. Bon, on fait encore quelques kilomètres comme ça,
jusqu'à
ce qu'on arrive à un petit motel de Ste-Marthe qui est très
connu
à gauche de la route, où il y a également un bar,
qui
malgré l'heure tardive est encore ouvert et plein à craquer.
(À
noter que je connaissais déjà cet endroit comme ayant
très
mauvaise réputation), alors pas besoin de te faire un dessin hein ?
Les
2 lascars débarquent de l'auto et me disent de les attendre
et
que ce sera pas bien long.
Hum...
Ce
n'est pas du tout mon intention de les attendre,
alors
je les laisse entrer et je compte 2 minutes. Je regarde s'ils
m'observent mais je ne les vois pas. Alors j'ouvre la porte de
l'auto
pour me sauver en vitesse le plus vite possible...
Du
moins c'était mon plan, mais dans une voiture de patrouille,
les
portes ne s'ouvrent hélas pas de l'intérieur car elles sont barrées.
Donc
je suis prisonnière et il n'y a rien à faire, niet, nothing !
Plusieurs
minutes passent et je me dis qu'ils m'ont sûrement oubliée,
quand
tout à coup un des 2 gars sort précipitamment du bar,
et
m'ouvre la portière en disant : "On
n'a pas encore fini,
mais
comme il fait très froid dehors ben entre avec nous autres
dans
le bar pis tu vas être à la chaleur"
"Moi
j'ai pas le droit d'entrer"
que je dis "J'ai
juste 14 ans"
Alors
il se met à rire comme un fou et me répond : "Voyons
donc,
y
a personne qui va dire un mot pis à part ça, la loi c'est nous
autres
pis
ce bar-là on l'a sur le bras, alors !" J'acquiesce
et j'entre donc à l'intérieur, où j'en profite pour me réchauffer
car je suis toute gelée comme une tite crotte. Je frotte mes mains
ensemble et je souffle
dedans quand le 1ier flic me dit : "Tiens,
prend donc une bière
ça
va te faire du bien !"
"Non
non, j'aime pas ça !"
que je répond. "Ben
c'est quoi que t'aimes,
veux-tu
un cognac ou ben un rhum ou une vodka ?"
Je
vois bien trop clair dans leur petit jeu, ils veulent me soûler
pour
ensuite faire ce qu'ils veulent avec moi. Alors je dis : "Ok
d'abord
je
prendrais bien un café car ça aussi ça va me faire du bien"
Là
y en a un qui se lève debout, et se dirige vers la cabine téléphonique.
Alors vu qu'il en reste juste un avec moi,
je
me dis que je devrais bien en profiter pour tenter quelque chose
et
essayer de me sauver. Cependant comme il me surveille de près,
je
ne peux pas fuir par la porte, alors je dis que je m'en vais aux
toilettes, car je veux voir s'il y a possibilité de ce côté-là...
Et
merde ! Y a pas de fenêtre...
Je
reviens donc à la table où mon café m'attend, l'autre flic est
revenu
et
tous les 2, ils continuent de boire comme des trous.
Bon
ça y est, je fais sûrement un cauchemar et je vais me réveiller
bientôt ! Non, ce n'est malheureusement pas un cauchemar,
mais
c'est bel et bien la dure réalité cruelle d'une fille
qui
se sent comme le petit chaperon rouge,
et
qui se demande bien ce qui va lui arriver. Je viens juste de voir
l'heure sur la grosse horloge Molson, et il est déjà rendu 5.05
heures.
Mon
Dieu, que vais-je devenir ? Et mon père en plus qui est très sévère,
et qui me guette à toutes les nuits pour vérifier si je rentre
bien à l'heure, car il m'est formellement interdit d'aller où
que ce soit après mon travail. Je suis certaine qu'il va se faire
des idées encore
car
je le connais bien. Oh lala ... Ca va brasser...
Mais
pour le moment il ne faut pas que j'y pense,
il
faut d'abord que je pense à sauver ma peau,
car
je ne sais pas où tout ça va me mener.
Ouf
! je me sens bizarre, très bizarre même.
Et
soudain je réalise qu'il y avait sûrement
quelque
chose dans mon café, puisque je me sens si...molle.
Je
sens aussi qu'on me traîne dans un couloir et je n'arrive pas
à
comprendre où je suis. Je suis si confuse...
Je
réussis à peine à articuler quelques mots que je n'entend
même
pas
mais
dont je sais qu'ils sont très lenttttttttttts.
On
dirait que ma bouche ne veut plus m'obéir.
Je
me souviens vaguement d'appeler "au
secours"
et
j'entend encore les rires qui s'amplifient...
Ce
qui se passe par la suite, dépasse toutes les horreurs
que
je pourrais te décrire ici, car malgré ma confusion
je
me souviens exactement de tout et je peux te dire
que
j'ai subi toutes les humiliations possible.
Et
quand je reviens à moi, il y a du sang partout et mes vêtements
sont
en lambeaux. Je me retrouve seule aux petites heures du matin,
abandonnée
à moi-même et je me sens tellement sale,
tu
peux pas savoir comment...
Je
ne sais pas si mes loups-garou sont encore à l'affût, alors je
sort
en courant dehors et je prend mes jambes à mon cou
pour
me sauver au cas où ils reviendraient passer à l'attaque.
Je
coure et je coure, en pleurant sans cesse car je ne suis plus
capable
de m'arrêter et je suis très loin de chez moi,
plusieurs
kilomètres. Je me demande encore comment j'ai fait
pour
me rendre jusque chez moi, car
j'avais
tellement mal partout et j'avais si froid et il pleuvait en plus !
Je
suis finalement arrivée. Mais mon cauchemar maintenant réel
se
continue, car à peine un pied dans la maison, mon père
m'accroche violemment par les cheveux sans que j'aie le temps de
dire un seul mot
et il me projette par terre en me traitant de
"petite garce" et de "sale putain", et me dit
que j'ai passé la nuit avec un trimpe,
et
qu'il ne veut plus me voir chez lui car je lui fais honte.
Moi
je pleure et je pleure encore.
Je
lui dit ce qui m'est arrivé, mais il se met à rire lui aussi,
et
il ne m'a jamais crue car il m'avait toujours détestée
et
quand à ma mère elle, c'était la femme soumise
qui
ne parle jamais car le maître c'est lui.
Je
me tourne vers ma mère et je lui dit : "Maman,
je te jure que
c'est
la vérité et j'ai très mal, je veux aller à l'hôpital !"
"J'vais
t'en faire un hôpital moi" que
me dit mon père,
"tu
nous a tellement mis inquiets ta mère et moi,
que
j'ai dû appeler la police pour te faire rechercher,
alors
là essaie pas de nous embobiner pis de nous faire accroire
des
affaires qui se tiennent pas debout,
j'te
pensais plus intelligente que ça !"
Puis
ensuite mon père dit à ma mère : "
Ben appelle la police,
pour
leur dire qu'elle est revenue, pis dis leur qu'ils l'emmènent
dans
une "école de reforme", car moi je ne veux plus la voir
icitte."
"Non
maman, non maman...pas la police, je t'en prie non,
ils
vont me tuer, j'ai trop peur, non !"
"Tu
vois bien qu'elle mentait" dit
mon père
"
pis c'est pour ça qu'elle a si peur de la police."
"Pis
toi ma p'tite crisse de vache, j'te donne 10 minutes pour préparer
tes
affaires car t'es pas prête de revenir icitte,
chu
responsable de toi jusqu'à temps que t'ais tes 21 ans,
pis
y reste encore un ostie de bout"
"Pis
vu que t'as pas d'allure, ben cé en dedans que tu vas le
passer"...
10
minutes plus tard, moi je ne suis plus là,
mais
personne ne le sait encore.
J'ai
ramassé quelques objets personnels en vitesse,
et
j'ai filé par la fenêtre de ma chambre à coucher.
Ce
fut ma 1ière fugue, un dimanche matin sous la pluie et le froid,
avec
comme seul souvenir toute la crasse que je porte en moi...
Plus
tard, je continuerai de fuir toute ma vie,
mais
ça c'est un autre épisode à travers le pèlerinage de mon passé.
Oui
les loups-garou existent !
Ils
sont partout et Dieu sait combien j'en ai rencontrés.
Ils
peuvent être n'importe qui...
Alors
attention, méfie-toi car "l'habit
ne fait pas le moine."
Mirage
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