Passeport pour l'Enfer...

 

1967 l'année de l'Expo de Montréal 

(inoubliable) mais aussi l'année de mon 

Passeport pour l'Enfer !

 

 

C'est arrivé le 23 décembre, l'avant veille de Noël. 
Cette année-là c'est moi qui devait recevoir ma belle famille 
pour le réveillon de Noël étant donné que ça faisait 
déjà presque 2 ans que j'étais mariée 
et que l'année d'avant c'est ma belle-soeur qui nous avait reçus.

J'avais déjà une belle petite fille âgée de près de 2 ans 
qui s'appelle Brigitte et j'étais enceinte de nouveau 
depuis 5 mois et demi d'un 2ième enfant qui j'espérais 
de tout mon coeur serait un garçon (pas d'échographie à l'époque).
Donc depuis environ une semaine je me dépensais d'arrache- pieds
pour les préparatifs du fameux réveillon, 
je voulais tellement que tout soit parfait car c'était la 1ière fois 
que je recevrais toute la famille en même temps.
Ce jour-là je gardais la petite fille de ma voisine qui venait 
souvent jouer avec la mienne et j'étais en train de finir 
mes pâtés à la viande; les enfants m'ont dit qu'ils avaient faim 
et là je me suis aperçu qu'effectivement j'avais oublié
qu'il était déjà l'heure du dîner car j'étais si occupée.
Donc je leur demandai si ça leur tenterait de manger des frites
car je savais qu'elles adoraient ça et puis aussi 
je n'avais pas le temps de préparer quelque chose de bien long, 
alors faire des frites ça faisait mon affaire et celles des filles aussi.



Je commençai donc à faire frire mes frites tout en continuant 
mes pâtés, puis le téléphone sonna; j'allai répondre 
et c'était un appel interurbain de mon mari qui était camionneur
et qui m'appelait pour me dire qu'il ne serait pas de retour
à la maison avant le 24 décembre au soir.
Lorsque j'eus fini mon appel je m'aperçus tout à coup 
qu'il y avait plein de fumée dans la cuisine alors je courus voir
ce qui se passait et constatai que le feu était pris 
dans mon chaudron de frites... Je ne pris pas de chance 
et la 1ière chose que je fis fut de prendre une couverture, 
en couvrir les enfants et les sortir dehors au plus vite. 
mais la gaffe que j'ai fait c'est de m'imaginer que j'arriverais 
à éteindre le feu, donc je retournai à l'intérieur 
et je m'approchai du chaudron en flammes, 
je commençai par éteindre le rond du poêle puis je pris
le fameux chaudron avec un tapis et je le jetai 
dans l'évier de la cuisine.
Et Pouf !... ce faisant tout explosa et le feu se répandit 
partout à la fois, les flammes se ruèrent sur moi comme une proie 
et je devins une véritable torche vivante... 
C'est arrivé tellement vite tout ça que je ne sais pas 
comment j'ai fait mais j'ai réussi à éteindre le feu 
qui courait partout sur mon corps en me servant simplement 
de mes mains et je suis sorti de la maison pour aller 
frapper à la porte d'une autre voisine avec les 2 enfants.
Quand elle m'a vue, elle a perdu connaissance mais moi non,
pourtant c'était moi la victime; mais de chez elle j'ai réussi 
à appeler d'abord l'ambulance et puis les pompiers 
et là je me suis étendue par terre en attendant les secours 
et en priant pour ne pas sombrer...

Quelques quinze minutes plus tard l'ambulance arrivait 
et la 1ière chose que je dis aux ambulanciers fut de ne pas faire
fonctionner la sirène car je ne pourrais pas supporter ce son 
qui pour moi était trop sinistre. On a respecté mon choix 
et les ambulanciers se demandaient bien comment il se faisait 
que je n'avais pas perdu connaissance. Je les entendais parler 
de moi et dire que la situation était très urgente
mais c'était comme dans un genre de rêve...
Puis j'arrivai finalement à l'urgence de l'Hôpital de St-Hyacinthe 
car à l'époque c'est là que j'habitais. 
Là je gardai encore toute ma connaissance mais cependant 
je me sentais comme si je n'existais plus. 
J'entendais tout autour de moi plein de médecins et d'infirmières
qui parlaient entre eux mais je n'arrivais pas à comprendre 
ce qu'ils disaient. Tout ce dont je me rappelle c'est que 
les seules paroles que j'ai prononcées furent : 
" Sauvez mon enfant " et puis après ça 
ce fut le Black-out total durant 2 mois.



Puis un jour je repris conscience et je me rappelai tout de suite 
qu'est-ce que je faisais là; mais je ne comprenais pas pourquoi 
je n'y voyais rien car tout était noir et je pensai alors 
que j'étais sûrement morte. Mais les morts ne sont pas supposés
souffrir que je me dis et moi je souffrais terriblement. 
Tout à coup j'entendis un cri tout près de moi qui disait :
" Vite, vite elle reprend conscience, allez chercher le médecin "
Puis j'entendis le médecin parler avec les infirmières 
mais je ne les voyais pas, le médecin me dit alors que j'étais 
à l'hôpital et que j'avais eu un accident (chose que je savais déjà). 
Je voulus lui poser des questions sur mon état car j'étais 
très inquiète au sujet de l'enfant que je portais 
et je ne savais pas s'il était encore en vie ou si je l'avais perdu. 
Quelle ne fut pas mon horrible surprise quand je constatai 
que je n'étais pas capable non plus de parler alors j'ai voulu crier 
très fort et presque aucun son n'est sorti de ma bouche 
car je l'ai su plus tard mes cordes vocales étaient atteintes 
ainsi que mes yeux et on me disait qu'on ne pouvait pas encore
prévoir si j'allais redevenir normale, que c'était une question
de temps et que je devais être forte pour mon enfant 
car il était toujours vivant.


Mon enfant !... C'était le seul point positif dans mon affaire 
car plusieurs fois je voulus de toutes mes forces mourir pour en finir 
avec ces souffrances si horribles et insupportables 
et je n'en pouvais vraiment plus, mais je m'accrochais à l'espoir
si mince soit t'elle. Les mois passèrent et ma vue revint en premier 
puis ensuite ma voix graduellement (avant ça je devais écrire
sur un petit tableau pour pouvoir communiquer). 
Au début quand j'ai commencé à voir, j'ai demandé qu'on m'apporte 
un miroir pour voir de quoi j'avais l'air et je ne voyais pas grand chose 
car j'étais toute enveloppée comme une momie Égyptienne 
alors je me suis dit que j'étais devenue un Monstre 
et j'ai dit aux infirmières que dorénavant je ne désirais plus 
recevoir de visiteurs car je ne voulais pas que personne 
me voit comme ça dans cet état.

Ma famille et mes proches ont trouvé ça très difficile 
de respecter ma volonté et un jour ma mère m'a téléphoné 
de Trois-Rivières car ma famille habitait toute cette ville
où j'étais née et m'a dit : " Tu sais Mireille que nous t'aimons 
beaucoup et que tu nous manques terriblement 
et puis tu seras toujours ma même petite Mimi d'amour ". 
A partir de là j'ai consenti à recevoir à nouveau de la visite 
mais je me sentais mal pour eux car je les voyais grimacer de douleur 
à ma place et pourtant c'était moi qui souffrait la pire des souffrances. 
C'est tellement difficile à expliquer ce qu'on ressent en tant
que grand brûlé et je crois que seuls ceux qui sont passés par là 
peuvent le savoir et le comprendre car c'est vraiment indescriptible 
et les mots me manquent tant les souffrances sont infernales 
et ma gorge est tellement serrée quand j'y pense, 
que c'est comme si je les ressentais encore !

J'ai passé 4 mois et demi à l'hôpital dont 2 mois aux soins intensifs, 
puis un jour on m'a dit que j'étais prête à retourner chez moi 
et alors je me suis mise à pleurer comme un enfant 
car je me demandais bien ce que j'allais faire comme ça toute seule
sans aucune aide, puis j'avais encore des pansements un peu partout
et j'avais même encore les mains enveloppées étant donné 
que c'est là où j'ai été le plus brûlée à cause que j'ai éteint le feu 
avec mes mains. Je me sentais tellement désemparée 
moi qui n'étais même pas capable d'aller aux toilettes toute seule
car je ne pouvais pas m'essuyer avec mes pansements 
et je trouvais ça très humiliant de demander toujours de l'aide 
à chaque fois que j'allais au p'tit coin (c'est épouvantable 
toutes les humiliations qu'on doit subir en tant que grand brûlé). 
Mais on m'a dit que maintenant je devrais me débrouiller par moi-même 
et qu'une infirmière viendrait régulièrement chez moi 
pour changer mes pansements et voir si tout allait bien.
Mon retour à la maison me sembla un cauchemar 
car je passais presque toutes mes journées à pleurer 
n'étant pas capable de faire ceci ou cela, et mon mari étant toujours 
absent n'était pas là non plus pour m'aider, j'étais donc laissée 
à moi-même seule avec ma souffrance physique et morale 
en attente de l'enfant que je n'avais pas encore eu 
et me demandant ce que j'allais bien faire pour m'en occuper
quand il viendrait au monde. Vous avez dû sans doute remarquer
que ça faisait 10 mois que j'étais enceinte et je n'avais toujours pas 
accouché ? C'est que les médecins m'ont dit que ma grossesse
avait été en stase durant quelque temps pendant que j'étais 
dans le coma mais que tout se déroulait normalement.



10 jours plus tard, j'entrai à nouveau à l'hôpital 
mais cette fois c'était enfin pour mettre mon enfant au monde, 
ça a pris 3 jours avant que j'accouche et j'étais dans les douleurs 
durant tout ce temps en plus d'avoir à endurer mes autres souffrances. 
Cette période me sembla interminable et presque un cauchemar 
et j'ai passé encore cette fois-là à deux cheveux de la mort 
pour la 2ième fois dans la même année.
J'ai donc mis au monde un fils magnifique qui s'appelait Stéphane, 
un beau garçon avec de si jolis yeux bleus qui criait très fort. 
Mais le mauvais sort s'acharna sur moi car 3 mois plus tard, 
je perdis mon p'tit Stéphane d'amour, mais ça c'est une autre histoire
que je vous raconterai plus tard... promis !

En terminant je voudrais vous dire que si vous connaissez des personnes
qui sont ou qui ont été victimes de brûlures, bien aidez-les 
de toutes vos forces à supporter leur fardeau car ils ont vraiment besoin 
de vous et puis qui sait, peut-être un jour ce sera vous la victime ?


Attention au feu, soyez vigilants !

Votre amie Mirage


 

Je vous aime !

 

 

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