#1 Piégée par moi-même

Nous sommes en 1961, au temps où les petites écoles de quartier existent encore et ce sont les religieuses qui enseignent; les "soeurs" comme on les appelait. Nous sommes encore bien loin des polyvalentes et des CÉGEP, c'est l'époque où il y a d'un côté de la rue l'école des filles, et de l'autre côté celle des gars, la belle époque quoi, enfin pour moi toujours.

Nul n'est besoin de te dire que le système d'éducation des
soeurs "Grises" était très rigide, donc les règlements de l'école très sévères aussi. Bref, on "filait doux" comme on dit. Je venais à peine d'avoir quatorze ans à ce moment, mais étant une élève surdouée, j'avais déjà "sauté" deux années et cette année-là je faisais ma 9ième et ma 10ième année en même temps. Ca se passait sous le régime de soeur Madeleine qui avait une solide réputation de "dogme". À l'école, tout le monde la considérait comme étant la "pire" soeur(dans le sens sévère)qu'on puisse avoir comme enseignante. J'avais entendu parler d'elle depuis que j'étais toute petite en 1ière année, et au fil du temps, ma peur de soeur Madeleine avait sans cesse augmenté. Ainsi j'avais toujours souhaité ne jamais être dans sa classe; mais le destin lui en a décidé tout autrement, je n'y ai donc pas échappé, et un beau jour je me retrouvai donc une de ses élèves, une dont elle n'était sûrement pas prête d'oublier...

Lorsque j'étais en classe, je trouvais le temps bien long, car j'assimilais
trop vite ou encore je trouvais que les autres n'étaient pas assez rapides pour moi. Pour passer le temps je pensais donc au prochain mauvais tour que je pourrais bien jouer, car je dois te l'avouer j'étais très espiègle et mon imagination vagabondait sans cesse. Toutes les élèves de ma classe me connaissaient cette réputation de plaisantine; mais
soeur Madeleine elle, était loin de me connaître sous mon vrai jour. Pour elle j'étais l'étudiante "modèle" que l'on cite en exemple aux autres hihihi ! J'étais même devenue son "chouchou"(Beurk!)
Elle me répétait souvent que je ferais une excellente religieuse, elle "prêchait pour sa paroisse" comme on dit.

Depuis le début de l'année scolaire, durant les récréations j'avais pris l'habitude afin d'amuser mes amies, d'imiter
soeur Madeleine et j'y parvenais très bien d'ailleurs. C'était même devenu le divertissement le plus populaire dans la cour d'école et au Palmarès de l'humour, j'étais le #1. En classe, lorsque soeur Madeleine devait s'absenter quelques minutes, elle me demandait toujours de faire la surveillance de la classe, car elle était très confiance en moi. Mais aussitôt qu'elle était sortie, les filles me demandaient de l'imiter. J'aimais bien me prêter à ce petit jeu en autant que quelqu'un assurait mes arrières en surveillant son éventuel retour. Cela mettait du "piment" dans notre vie routinière d'écolières qui marchent "au pas"

Enfin le fameux "Jour J", c'était un lundi comme les autres, j'étais installée en avant de la classe comme à l'habitude et j'imitais donc
soeur Madeleine, je donnais à ce moment le cours de mathématiques au tableau, avec bien entendu la même voix et les mêmes gestes qu'elle. On s'amusait comme des p'tites folles et l'hilarité était à son maximum, si bien que la fille qui devait surveiller son retour, avait complètement oublié son rôle...

Donc ce qui devait arriver, arriva; j'étais sur la fin d'expliquer une règle de géométrie, quand tout à coup les rires cessèrent d'un coup sec, on aurait pu entendre voler une mouche. Toutes les figurent devinrent blêmes en même temps et j'entendis alors quelqu'un qui frappa des mains, je me retournai au ralenti vers le bruit, pareil comme dans un rêve, la tête très basse, et j'aperçus
soeur Madeleine(c'était elle qui tapait des mains) qui me dit : [Bravo et encore bravo ma chère Mireille, vous faites ça tellement bien que pour le reste de la semaine, je vais m'asseoir à votre pupitre et comme vous aimez prendre ma place, bien vous continuerez de le faire, vous resterez après la classe pour que je vous donne le programme de la semaine.] Pouf! ça y était, je faillis m'évanouir...

J'étais tombée dans mon propre piège, telle est prise qui croyait prendre. En cette fameuse semaine de février 1961, je devins donc malgré moi "religieuse-enseignante temporaire" à l'école d'Youville du Cap de la Madeleine. Mais l'histoire ne s'arrête pas là,
soeur Madeleine m'avait dit que M. le curé voulait me parler et qu'il viendrait me rencontrer à l'école vendredi après-midi après la classe. Je me demandais bien ce qu'il pouvait bien me vouloir, j'appréhendais terriblement ce moment et j'étais très anxieuse, mais aussi bien curieuse de par nature, alors j'étais impatiente de savoir.

On était rendu à vendredi, ouf! Quel soulagement pour moi, mon dernier cours à terminer. Il était maintenant 3 heures 45, j'avais bien hâte de finir ma semaine, car désormais je ne trouvais plus ça du tout amusant d'être
soeur Madeleine oh non!
J'en étais donc au dernier cours de ma brève carrière d'enseignante et il me restait à peine quelques minutes avant la fin, quand on frappa à la porte. Je m'arrêtai soudain de parler et allai ouvrir. Quelle ne fut pas ma surprise car c'était déjà M. le curé qui arrivait(en avance) et il me dit tout bonnement : [Mais continuez où vous en étiez ma chère enfant, moi je vais prendre cette chaise en attendant la fin du cours, allez-y je vous écoute.] J'en fus complètement renversée, tout en pensant que c'était sûrement un autre mauvais tour que
soeur Madeleine avait mijoté avec le curé pour me donner un bonne leçon une bonne fois pour toutes.

Je m'étais complètement trompée, mais pas sur toute la ligne, car en effet
soeur Madeleine avait bel et bien comploté avec M. le curé, mais c'était plutôt dans le but de lui démontrer ce dont j'étais capable, car imagine-toi que tous les deux ensemble, ils avaient convenu d'essayer de me persuader de devenir religieuse-enseignante, car j'avais parait t'il la "vocation". Ouf!

Non je ne suis jamais devenue religieuse, ni enseignante non plus, 
car sinon je ne me serais plus amusée, et je préférais plutôt 
continuer à faire des farces, ha oui tu sais comme la fameuse fois où...... 

Mais ça c'est une autre histoire hihihi !

Mireille xxxx

 

 

 

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