
Snack-bar,
flippers & Elvis
Nous
sommes en 1965, ha les belles années !

C'est l'époque des filles aux queues de cheval, et des crinolines. Le rock n'roll est à son apogée et Elvis le King règne sur ses millions de fans. La grosse mode est aux snack-bars et les juke-box font fureur ainsi que les machines à boules. Je m'appelle Mireille, et comme tous les soirs après le souper, je file donc en vitesse au snack-bar du Coin pour aller y jouer quelques game de machine à boules, tout en écoutant le juke-box cracher des rock infernals. J'adore cette atmosphère, je m'y sens tellement bien et depuis que je fréquente ce snack, je me suis fait de nombreux amis...
Ce que je déplore, c'est que mes parents ne sont pas d'accord avec moi, car pour eux les snack-bars sont des endroits de perdition. C'est donc la plupart du temps en cachette que je dois m'y rendre prétextant que je m'en vais étudier avec mon amie Carmen. Ce qui est totalement faux, puisque Carmen elle va rejoindre un garçon avec qui est sort, tandis que moi je courre jusqu'au snack-bar. Je m'installe devant ma machine préférée et je commence à jouer, les flippers se font aller de tous bords tous côtés car je suis une championne et je suis même la seule fille du quartier à pouvoir
rivaliser avec les gars. Même que plusieurs me mettent souvent au défi de les battre, mais j'accepte toujours, car je sais que je suis une championne et que je peux facilement triompher de presque n'importe qui à ce jeu-là. Tous ne le savent pas encore, mais certains en bavent de jalousie.

Je ne vous ai pas dit que je suis aussi la fille la plus courtisée du quartier et tous les garçons me font la cour. J'adore ça me sentir admirée et convoitée. Cependant, personne n'a encore jamais réussi à conquérir mon coeur... Comme à chaque vendredi, il va y avoir un tournoi contre des joueurs venus des autres quartiers, c'est ma soirée préférée car j'en profite pour me faire valoir à mon maximum. Ca me donne un sentiment de puissance et j'en ai besoin... Le snack-bar regorge donc de jeunes gens fébriles venus de partout et la musique du juke-box ne dérougit pas, Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Pétula Clark, tous y repassent sans cesse mais c'est toujours Elvis qui revient le plus souvent.

Ce soir-là, La proprio annonce à tous qu'elle attend l'arrivage d'une nouvelle machine à boules dans quelques instants. Wow ! Fantastique ça... Tous ont bien hâte de voir le nouveau monstre. Il arrive enfin, alors tout le monde veut l'essayer en même temps, certains parlent de tirer ça à pile ou face, c'est la pagaille générale. Finalement la proprio lâche un grand cri « On se calme ! » et puis elle dit « C'est qui le champion ici ? » Tous se regardent, mais toutes les têtes se tournent vers moi. Je comprends dès lors que c'est moi qui vais étrenner le nouveau monstre. Je commence donc ma game, pendant que des équipes se forment alentour de moi. Flip ! Flop ! Flip ! Flop ! et Bang ! « Vous avez vu ça les gars, 2 free games ? » Que je dis en me retournant, mais je tombe quasiment figée sur place en apercevant le beau grand gars de plus de 6 pieds avec des cheveux noirs d'ébène comme je les aime, et ce mec il ressemble à Elvis comme 2 gouttes d'eau. Wow ! Beau pétard ça !
Dire qu'il était juste derrière moi, mais je ne l'avais pas vu car j'étais bien trop absorbée par mon jeu dément. J'en ai des frissons qui me parcourent de la tête aux pieds.« Ouf ! » Lentement il s'approche encore plus près, il est presque collé sur ma machine à boules. Tous sont silencieux, on pourrait entendre voler une mouche. Flip ! Flop ! Flip ! Flop ! Je commence à m'énerver sérieusement et j'ai la nette impression de perdre du terrain. C'est lui le gars à côté, Elvis qui me déconcentre, tant et si bien que je finis par perdre la partie et je dois céder ma place à un autre joueur. Je prétexte donc un mal de tête pour m'enfuir à toute allure, car j'ai une envie folle de pleurer, pleurer à chaudes larmes.
Je sors très vite et je courre jusqu'au prochain coin de rue pour ne pas que personne ne me voit. Puis je m'assoie sur un banc, et là je me laisse aller à verser mes larmes de déception, de défaite, de colère et de frustration. J'y vais bon train quand tout à coup, je sens une main qui se pose sur mon épaule, je n'ose pas relever la tête car je dois être dans un si piteux état. « Ne pleure pas comme ça Fille voyons donc, c'est juste un jeu ! » Une belle voix masculine que je ne connais pas. Le gars est maintenant à genoux devant moi, il sort un mouchoir propre de sa poche, il me relève la tête et commence à sécher mes larmes. A travers mes yeux mouillés, je ne l'avais pas bien vu mais maintenant je le reconnais bien, c'est le beau Elvis de tantôt, celui qui m'a fait perdre ma game. Il me prend la main et il dit : « Viens on va aller prendre une marche ensemble, ça va te changer les idées » Et nous voilà partis pour une longue marche qui a duré pendant des années, car Elvis qui s'appelait en fait Réjean, est devenu mon premier véritable grand Amour...

Je l'ai tellement aimé, qu'aujourd'hui 37 ans plus tard je pense encore à mon Elvis,
et je sais que je ne l'oublierai JAMAIS de ma vie !
Copyright ©Mirage, tous droits réservés page créée le 31 mai 2002