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Je me souviens


J'aurais bien voulu moi aussi aller rencontrer ces
femmes musulmanes
à Hérouxville pour partager leur culture et leurs
recettes, mais surtout
pour profiter de l'occasion de leur expliquer notre
devise à nous les
Québécois "Je me souviens"
Je me souviens que, dans mon jeune âge, nous ne pouvions
pas entrer à
l'église sans avoir un voile ou un chapeau sur la tête.
À cette époque, je me souviens aussi que c'était un péché mortel de
manger de la viande
le vendredi. Dans la même décennie, je me souviens
que
ma mère a été
chassée de l'Église parce qu'après avoir mis au mode
quatre enfants,
elle ne voulait plus en avoir d'autres. Je me souviens
que pour cette
raison, le pardon de ses fautes lui était refusé par
l'Église à moins
qu'elle ne laisse son corps à son mari, avec ou sans
plaisir, au risque
d'atteindre la douzaine d'enfants. Je me souviens
qu'elle a refusé et qu'elle a dû quitter l'Église comme beaucoup d'autres
femmes de sa génération.
Je me souviens que ma mère s'est ensuite séparée de mon
père et que nous
sommes devenus la cible des regards et des commentaires
désobligeants
de notre paroisse. Cependant, je me souviens qu'à la
suite de sa séparation,
nous avons vu le collet romain sur la table de nuit. Le
prêtre voulait-il
tester les moyens de contraception de l'heure? Dans la même décennie,
je me souviens que la cousine de
ma mère a obtenu
le divorce et qu'elle a reçu du même coup son
excommunication de Rome.
Je me souviens que quelques années à peine avant ma
naissance, les femmes
venaient juste d'obtenir le droit de vote après 50 ans
de bataille, et en
même temps le droit d'être considérées comme des
citoyennes à part entière
dans la société. Je me souviens que, tour à tour, ma
mère et ma belle-mère
ont vu une opération urgente retardée en attendant que
leur mari respectif,
de qui elles étaient séparées de fait et non légalement,
veuillent bien
apposer leur signature pour autoriser leur intervention
chirurgicale.
Devenue adulte, je me souviens que grâce aux pressions de
la génération
précédente, j'ai eu accès aux premiers moyens de
contraception qui m'ont
permis de restreindre le nombre de mes propres rejetons.
Je me souviens
aussi qu'il n'était plus péché de manger de la viande le
vendredi.
Je ne sais pas ce qui est arrivé à tous ceux qui sont
allés en enfer? J'espère bien qu'on les a rapatriés!
Devenue adulte, je me souviens avoir travaillé dans des
environnements
traditionnellement réservés aux hommes dans les
entreprises et surtout
dans la vie en général. Je me souviens qu'après avoir eu
un fils,
je ne voulais plus avoir d'autres enfants de peur que ce
ne soit des filles,
par solidarité et parce que le travail qui restait à
accomplir pour atteindre
l'égalité était encore bien énorme. Je me souviens des
efforts considérables que beaucoup
de femmes ont dû déployer pour se faire reconnaître et
pour obtenir des postes
administratifs de haut niveau. Je me souviens du
militantisme de beaucoup
de femmes au sein des chambres de commerce, des
syndicats, du Conseil du
statut de la femme, etc.
Je me souviens qu'il a fallu plus de 50 ans d'efforts
collectifs pour nous
libérer de l'emprise de l'Église et de la religion sur
nos vies. Je me souviens
qu'il a fallu plus de 60 ans(1940 à 2006) pour obtenir
l'équité salariale
et que ce n'est pas encore fini. Mes soixante ans font
que je sais que rien n'est acquis dans la vie, et qu'il faut maintenir, voire
redoubler nos efforts pour ne pas perdre le résultat de tous ces labeurs. Je
ne suis pas raciste, cependant, lorsque je vois d'autres ethnies, imprégnées
par leur religion contrôlante, vouloir s'imposer dans notre société, j'ai
peur. J'ai peur
parce que ces hommes et ces femmes ne savent pas quel long chemin nous avons
parcouru. De plus, les jeunes Québécoises qui embrassent
cette religion qui
voile les femmes ne se souviennent pas. C'est donc par
ignorance qu'on leur
explique leur choix. Aucun animal dans la nature à part
l'homme, n'habille
sa femelle par dessus la tête.
Je suis maintenant une grand-mère de cinq merveilleux
petits- enfants et j'ai
si peur pour eux. J'ai peur lorsque je vois une femme
voilée travailler dans
un CPE ou dans nos écoles, ou encore lorsqu'on y laisse
un enfant porter le Kirpan.
Nous nous sommes débarrassés avec misère de tous ces
symboles religieux,
et voilà qu'ils reviennent à l'endroit même ou
l'éducation de notre génération
est cruciale, et à la période à laquelle on doit
inculquer les principes
fondamentaux de vie en société à nos enfants.
La tolérance envers ces symbole religieux que sont le
voile, le kirpan, le turban dans les CPE, dans nos écoles
et dans nos institutions en général
est un manque de respect pour les générations
précédentes qui ont travaillé
si fort pour se retirer de l'emprise de la religion sur
nos vies.
Vous ne vous souvenez pas! Moi,
je me souviens et à cet
égard, je n'ai
aucune tolérance et je ne veux aucun accommodement par
respect pour ma
mère, ma tante et pour mes petites filles. Je me
souviens que la charte
des droits et libertés permet à chacun de pratiquer la
religion de son
choix, mais de grâce que cette religion demeure dans la
famille.
Le port du voile dans la religion musulmane est pour
nous la démonstration
la plus importante de la soumission de la femme et c'est
cela qui nous
fait peur et qui nous choque parce qu'on se souvient.
On
se souvient que
ce symbole existait aussi ici il y a cinquante ans, et
on ne veut absolument
pas revenir en arrière.
Que l'on prie Jésus, Mahomet ou Bouddha n'importe peu,
mais nous nous sommes
battus Québécois et Québécoises, pour que notre société
soit laïque. Nous nous
sommes battues nous Québécoises, pour obtenir l'égalité
du droit de parole
entre les hommes et les femmes autant que pour légalité
des chances au travail. Souvenez-vous bien que si vous avez immigré au Canada
et
surtout au Québec,
c'est pour faire partie d'une société ouverte qui vous
donne sur un plateau
d'argent tous les acquis que nos générations précédentes
ont obtenus
particulièrement au chapitre des droits des femmes. Je
veux croire aussi
que c'est par ignorance de nos traditions et de nos
coutumes, et non par
manque de respect, que les femmes musulmanes veulent
montrer au grand jour,
voire imposer ce symbole de leur croyance qu'est le
voile.
Peut-être que notre société va trop loin avec ses
libertés, mais le balancier
doit s'arrêter et non régresser jusqu'au point de
départ. Il faut se souvenir.
L'intégration à une communauté commence par le respect
de ses traditions et de
ses coutumes, ainsi que par le respect envers ces
citoyens et citoyennes qui
ont participé à l'exercice. Peut-être que nos livres
d'histoires ne se souviennent
pas ou bien qu'ils n'ont simplement pas été encore mis à
jour.
C'est donc la responsabilité du gouvernement d'appliquer
notre devise "Je me souviens" à notre histoire et d'intégrer à cette
histoire les efforts
de nos générations précédentes pour atteindre la société
d'aujourd'hui,
et surtout de s'assurer que la génération montante s'en
souvienne.
C'est aussi la responsabilité des organismes d'accueil
aux immigrants de leur
faire connaître cette devise du Québec "Je me souviens"
afin que ces nouveaux
arrivants ne pensent pas que nous sommes racistes,
simplement parce que l'on
s'en souvient et qu'on ne veut pas imposer à notre
progéniture d'avoir à reprendre les mêmes débats d'il y a cinquante ans de
ça...
Une grand-mère, une mère, mais surtout une FEMME qui
se
souvient

Merci à
Shana de partager ce
texte avec moi! |